Marcel : l'interview

Publiée le : 06/09/2021

Petit ovni dans le monde musical de la région, marcel fait de la musique comme si la fin du monde était proche : viscérale, directe et en ne tenant compte d’aucunes règles si ce n’est les siennes ! Et la règle numéro 1 semble être la suivante : « On fait ça sérieusement… mais sans se prendre au sérieux ! ». On les découvre…

Lorsqu’on écoute « Crooked Harmony », extrait de votre 1er EP, on ne peut s’empêcher de penser à des groupes comme Pixies ou encore Sonic Youth ; du coup, marcel, c’est « typé » années 90 ?
Si on nous mettait un revolver sur la tempe en nous sommant de citer la décennie qui nous a le plus influencés, on serait bien obligés de citer les années 90, en effet. Adolescents, on écoutait à fond Nirvana, les Red Hot mais aussi pas mal de pop-punk californien bas du front des années 2000 (NOFX, Green Day, Rancid,…). On portait nos futals bien bas, avec des trous faits avec les ciseaux de maman ou des ceintures à clous achetées au marché d’Arlon. On avait du succès avec les filles... ça a bien changé !
Mais bon… finalement, ce n’est qu’une partie de nos influences tout ça ; on n’a jamais cessé d’écouter des choses différents. Certains sont tombés dans le post-rock ‘90s (Slint,…), d’autres ont découvert le punk-rock mélodique ‘80s (Replacements,…) ou l’indie furibard et dissonant du Modest Mouse de la fin des années 90.
Après, les Sex Pistols, les Modern Lovers, The Fall, mais aussi Jacques Dutronc, tout ça c’est dans marcel, ce qui fait qu’on est plutôt dans un truc qui s’inscrit dans une tradition allant des années 70 à maintenant, parce qu’on aime aussi beaucoup de groupes récents comme Squid, Show Me The Body, Girl Band, Fat White Family … Bref, on est des enfants des années 90 mais on essaye de proposer un métissage plus coloré, on va dire.

Raconte-nous un peu comment est né le groupe sachant qu’on a déjà vu la plupart d’entre vous dans d’autres groupes de la région…
Max, Ben et Amau se sont rencontrés en 1994 à la maternelle de Frassem et ont décidé très vite de fonder un groupe majeur dans l’histoire du rock’n’roll. C’était l’année de la mort de Kurt, on sentait qu’une place serait à prendre. On a dû attendre le bon moment, les sessions de compo pour marcel n’ont commencé qu’en 2019. Tout le monde était enfin dispo, les planètes s’alignaient. Max et Amau ont composé des trucs à la basse/guitare dans un premier temps, puis avec Arthur Jongen à la batterie, qui a quitté le bateau pour se concentrer sur son autre projet Daïkiri Knight. C’est là qu’est arrivé Ulysse. Ben a ensuite accepté de sortir de sa grotte pour reprendre la basse qu’Amau avait laissée par terre afin de se focaliser sur le chant, qui demande une concentration et un savoir-faire surhumain.
Tout se mettait bien en place, puis un certain virus a tout chamboulé : on peut dire que la fée qui s’est penchée sur notre berceau puait bien de la gueule. Ça donnait un peu l’impression que l’univers ne voulait pas de marcel, mais on a persévéré car l’univers aussi peut parfois se tromper.

Tu nous parles un peu de l’EP qui vient de sortir ?
En fait il s’agit des 4 premiers titres qu’on a composés. Ils étaient terminés à l’été 2020, juste après le premier confinement. On se disait tous très naïvement qu’il nous faudrait une petite carte de visite pour la reprise des concerts en fin d’année, donc on a contacté les gars de Highway Holidays, dont on savait qu’ils venaient de monter un petit studio (Very Nice Recording Studio) dans leur entrepôt en périphérie de Bruxelles. A la base, ce sont des mecs qui gèrent le backline de tournée de groupes comme King Gizzard, Kikagaku Moyo, Kevin Morby, donc ils avaient sur place un matos de cinglés, que ce soit pour les kits de batterie ou les amplis de guitare. On était comme des gosses dans un magasin de bonbons. On a enregistré tout en deux jours puis Ulysse s’est occupé de mixer tout ça patiemment, avant de refiler la patate chaude du mastering à Adrien Schockert, ingé son mais aussi chanteur/guitariste d’Atum Nophi.
En disant ça je me rends compte que tout a été réalisé du début à la fin par des mecs liés au Luxembourg belge, puisque Very Nice Recording Studio est tenu par des mecs qui viennent du coin de Habay. Bref, assez de chauvinisme. On avait pas mal de références assez crado pour le son ; des trucs comme METZ ou Greys par exemple. Mais au final ça a donné quelque chose qui ne ressemble pas à 100% à ces groupes, car on est un peu plus pop, nos guitares sont un peu plus « précises », les parties de voix sont moins noyées dans le mix. D’ailleurs on a beaucoup de mal à dire exactement quel genre de musique ça donne. On ne peut pas vraiment parler de noise rock ni de post-punk à proprement parler, encore moins de grunge. Indie punk ? Bof...

Visuellement –et si l’on se réfère aux illustrations de votre page FB, on est quand même dans un univers bien psyché, non… ?
Cette esthétique visuelle, c’est un vrai parti pris pour le coup. Généralement, quand on regarde les photos ou les pochettes proposées par le punk ou le post-punk contemporain, on voit des types et des meufs qui posent en faisant la moue, l’air pas content, les bras croisés devant un mur de briques ou au milieu d’un terrain vague, l’air de dire « on n’est pas des rigolos, on est des bonhommes et la vie c’est une grosse tartine de merde », tout ça en noir et blanc. Jusqu’il y a peu, il y avait encore tout un lexique visuel de la dépression, de l’abandon, de la solitude urbaine. C’est comme si on ne pouvait plus imaginer de faire de la musique qui soit violente, donc thérapeutique, tout en inoculant de la joie et des couleurs dedans. Pourtant à la base, le punk c’est une explosion de couleurs, quand tu regardes les visuels des Sex Pistols ou des Jam, ça sentait la vie et ça donnait envie d’aller danser comme Billy Elliot dans les rues les plus moches de ta ville !
Bref, plus qu’avec le psychédélisme, qu’on ne retrouve pas énormément dans notre musique – on préfère faire les snobinards et dire qu’on y met des trucs « expés » – on a voulu renouer avec une certaine idée colorée et joyeuse du punk, parce qu’on voyait le groupe comme un cabaret bordélique, un cirque brinquebalant ouvert à tout le monde, comme le suggèrent les images du Carnaval Sauvage de Bruxelles qu’on a captées cette année pour le clip d’«election day ».

Les prochains mois, qu’est-ce qu’il va se passer dans la vie de Marcel ?
Maintenant, on a presque de quoi refaire un nouvel EP, voire un album, qu’on aimerait commencer à enregistrer d’ici la fin de l’année ou début 2022. On a quelques jolies dates qui arrivent, notamment une première partie de Slift à l’Atelier 210 le 10 septembre et une autre date à l’Entrepôt le 25 septembre. On y vendra normalement des T-shirts et des gants de toilette. Les gants de toilette seront de grande qualité, avec une texture et de microscopiques picots qui enlèvent les impuretés cutanées et qui redonnent à la peau la fraîcheur et l’élasticité de celle d’un bébé de 7 mois.

Pour terminer, donne-moi un album sur lequel vous êtes tous d’accord dans le groupe ?
Une des choses que tu dois savoir avec marcel c’est qu’on n’est jamais tous d’accord sur quelque chose. C’est épuisant mais poilant en même temps. Même le nom du groupe divise. « marcel », on sait même pas d’où ça sort, mais comme pour tout on tranche à la majorité. Et ici la majorité se mettra d’accord pour dire que « Exile on Main Street » des Stones est le meilleur putain de disque de tous les temps. Et on perdra peut-être notre batteur à cause de ce choix mais bon, c’est ça aussi marcel : une dictature sans chef ni loi, aussi belle qu’un singe masqué qui joue de la flûte avec ses doigts de pied.

Propos recueillis par Romuald Collard.