Malika El Maizi et Guillaume

Publiée le : 09/11/2021

La poésie et la musique partagent deux éléments primordiaux que sont les sonorités et le rythme. Alors pourquoi ne pas mettre en relation des musiciens et des poètes de la province de Luxembourg dans le but de créer une œuvre musicale originale ? Depuis 2019, c’est chose faite ! Le secteur des Musiques Amplifiées (www.lampli.be) et le Service du Livre Luxembourgeois (www.servicedulivre.be) ont uni leurs forces pour donner vie aux Poésicales, un projet de création musicale et littéraire qui réunit 4 groupes et artistes inscrits sur lampli.be avec 4 poètes de notre province. Nous vous proposons de découvrir au fil du mois un des 4 entretiens conduits avec les participants, à l’occasion de la présentation en live des 4 chansons à la Maison de la Culture Famenne Ardenne, lors du festival « Ouvertures ».

Artiste : Guillaume - Texte choisi: «Empreints de peau» de Malika El Maizi

Malika El MAIZI, quelle est votre identité dans le paysage littéraire ?

Malika El Maizi : J’écris essentiellement des formes brèves, de la poésie, du théâtre, mais aussi des formes interdisciplinaires, du « transmédia » avec de la vidéo par exemple. Ce qui m’anime dans les processus d’écriture, c’est de générer des collaborations avec des réalisateurs, des musiciens, des graphistes… J’aime quand les arts se croisent.
J’écris des formes à vocation orale et performatives. Je réalise aussi de la poésie sonore. J’écris parfois de la poésie versifiée, mais ce n’est pas ma veine principale. Par contre, dans mes écrits, il y a toujours une rythmique. Avec « Empreints de peau », je suis partie d’une image : l’image du tourne-disques. Je voulais embarquer les gens dans mon rythme, un peu comme un derviche tourneur. Ce tourbillon rythmique, Guillaume l’a magnifiquement compris en lui donnant une tonalité rock, qui me semble être la sienne. Je trouve qu’il y a apporté quelque-chose de sensible et peut-être un brin de romantisme… Mais un romantisme noir et fantastique !

Guillaume Demarteau, vous reconnaissez-vous dans le portrait que dresse Malika de vous : rock, noir et romantique ?

GD : Rock, romantique, noir… je ne sais pas… il faudrait demander à ma femme (rires). En fait… cela ne semble pas mal, oui ! On doit être à peu près là, dans ce que je compose, dans ce que j’écris, effectivement.

Cette composition est-elle proche de ce que vous aimez composer habituellement ?

GD : Oui, j’essaye d’écrire des choses qui peuvent ressembler à cela, même si je n’ai pas les mêmes compétences. J’adore ce texte, son esprit fou qui part dans tous les sens, qui évoque cent mille significations.

Comment caractériseriez-vous votre travail ?

GD : Je suis un bricolo. J’essaie de bricoler comme à la maison, avec différents instruments que je construis parfois moi-même. Ça aboutit à des systèmes de sons assez complexes qui peuvent parfois dysfonctionner dans certaines circonstances (rires).

Malika, quand vous avez entendu votre texte en musique pour la première fois, qu’est-ce qui vous est venu… ?

ME : Des images ! Une ambiance mélancolique, romantique, noire et un peu underground… Je me suis revue dans l’ambiance festive des salles de concert. Ce qui m’a plu, c’est que Guillaume a emporté mon texte dans un autre univers, tout en gardant ce qu’on a en commun : ce souci de la rythmique ! Il a d’ailleurs parfaitement compris cette intention.

Guillaume, comment vous avez travaillé à partir du texte de Malika ?

GD : Lorsque j’ai lu « Empreints de peau » parmi une vingtaine de textes anonymes, je suis immédiatement tombé sous le charme. Ensuite, tout seul, j’ai fait mille tentatives, mille essais. J’avais déjà participé à ce projet l’année passée où ça avait été rapide, comme sur des roulettes. Ici, non. J’ai pris mille directions différentes. Enfin, je suis arrivé à cette composition et à cette partie de batterie. C’est elle qui me parlait le plus pour mettre en musique ce texte. C’est donc en partant de cette partie de batterie que j’ai construit le reste autour.

Avez-vous échangé entre vous ?

ME : Très peu. Guillaume m’a demandé s’il pouvait répéter tout seul. Je lui ai dit de se faire plaisir. J’étais contente de lui laisser des libertés à ce jeune homme ! On aurait aimé pouvoir se rencontrer davantage… Mais même si les conditions étaient particulières, c’était une très belle opportunité pour co-créer, au-delà du confinement.

Vous avez déjà été sélectionné tous les deux lors de la première édition des Poésicales…

ME : On est les vieux routards des Poésicales (rires). Mais cette année, c’est une expérience fort différente… comme c’est le cas pour chaque rencontre artistique ! L’année passée, c’est le compositeur Vincent Stine qui avait choisi mon texte. Son univers musical était plutôt classique, jazz… C’était autre chose. D’ailleurs, le texte que j’avais proposé l’an passé avait une sensibilité très différente de celui-ci. Je crois que nos textes trouvent leur voix, leur musicien...

Un mot, chacun, pour évoquer cette aventure ?

GD : En ce qui me concerne, je re-signe de suite. J’adore ça parce qu’il y a plein de contraintes. Quand je travaille la musique, je suis chez moi, dans mon petit atelier et je procède toujours de la même façon. Et puis, une fois, vous recevez un texte et vous vous dites : « Qu’est-ce qu’on va faire de ça ? »… On part en déséquilibre. C’est riche et ça permet de travailler d’une façon différente. Généralement, je compose la musique puis j’ajoute les textes. Ici, je suis obligé de faire l’inverse, porté par la rythmique des mots ! Oui, ça change les habitudes et ça fait du bien.

ME : De mon côté, c’est un peu différent. Je ne fais pas de la poésie écrite, mais de la poésie orale. Je travaille donc souvent en collaboration avec d’autres artistes. Ce que j’aime vraiment dans les Poésicales, c’est de composer un texte qui comporte une vraie recherche rythmique en me demandant comment le musicien va être embarqué dans cette proposition-là. Si je devais résumer ce projet, je dirais : « GENEROSITE », parce qu’on a envie d’offrir quelque chose comme un cadeau ; quelque chose de beau au musicien qui recevra peut-être le texte… ; quelque chose de beau aux gens qui rencontreront peut-être ce texte-là…

Qu’en pensez-vous Guillaume ?

GD : Ah, oui ! C’est vrai qu’on reçoit des dizaines de textes. C’est vraiment un beau cadeau, une source d’inspiration. On prend le temps de tout lire et de découvrir des textes d’auteurs de la province que l’on ne connait pas et qui finalement sont proches de nous. C’est bien de lire des auteurs encore vivants, qui tiennent encore sur leurs deux pieds.

Quelle est votre actualité à l’un et l’autre ?

GD : Pour ma part, je suis dans un projet qui s’appelle « Nationale 5 ». Il s’agit d’un coaching d’artistes dans un parcours de formation qui traverse les 5 provinces.

Et pour vous Malika ?

ME : Oui, le 30 septembre dernier, à la Maison de la Culture d’Arlon a été jouée ma pièce « Nathan », inspirée d’un fait divers. En activité poétique, j’anime des ateliers d’écriture avec des séniors. J’ai un projet de poésie textile… J’ai envie de tenter d’autres choses. J’espère aussi pouvoir donner une voie éditoriale à « Droit de peau », le recueil dont est extrait « Empreints de peau ».