FAUST PROJECT : L’INTERVIEW

Publiée le : 01/02/2019

Caché sous le pseudonyme de Faust, cet artiste originaire d’Arlon prépare, quasi en secret, son nouveau projet. Il nous raconte tout sur la genèse de son nouveau personnage et livre une réflexion plus qu’intéressante sur l’état des lieux de la musique en Grande-Région. Rencontre…

Après Nervous Chillin’, Poison Heart, Motueka ou encore Hell-o-Tiki, qu’est-ce qui t’a poussé vers ce nouveau projet et en quoi est-il différent des autres ?
Suite au dernier concert d’Hell-o-tiki en avril 2018, et après avoir terminé l’enregistrement de l’album de Motueka, je me suis retrouvé avec du temps libre et avec quelques idées, textes et riffs que j’avais laissés de coté ces dernières années. C’était donc le moment d’exploiter tout ça, mais cette fois dans une formule différente, je voulais essayer de faire tout, seul : les différents instruments, la composition, l’écriture, les arrangements, le visuel,… En gros, ne pas faire de compromis de groupe et ne suivre que mes envies. C’est 100% DIY. Je me suis lancé, j’y ai pris goût et je me suis vite retrouvé avec plusieurs titres prêts à être diffusé et l’envie de monter sur scène pour partager ce nouvel univers. C’est à partir de là que j’ai décidé de structurer un peu le projet avec la sortie d’un premier EP sur ma page bandcamp en décembre, une sortie K7 sur le label Analog Wasteland Records de Metz en février et le booking des premières dates pour 2019.

Une explication sur le nom du projet ? Qui est Faust ?
C’est une double référence : au Faust de Goethe et au film « Le silence des agneaux ».
Faust est un personnage qui revient sous différentes formes dans les contes germaniques du 16ème siècle. C’est un alchimiste qui, épris de connaissance universelle, vend son âme au diable afin d’accéder à une forme de connaissance suprême ; la fin est relativement tragique avec damnation, infanticide, etc…
« Le silence des agneaux » est un film qui m’a marqué dès sa sortie et continue encore à me fasciner, 27 ans après sa sortie, par sa complexité et son esthétique.

Visuellement parlant, tu sembles également avoir des envies particulières pour ce projet. A quoi peut-on s’attendre ?
Je vais essayer de développer une atmosphère un peu sombre et introspective, un truc qui colle avec ma musique, en somme. J’essaie toujours de concevoir mes chansons dans un contexte cinématographique, ça m’aide à essayer de raconter une histoire. Je suis fan de film de la fin des années 80, début 90, c’est une esthétique qui m’influence quoi que je fasse. Mais honnêtement, les moyens me manquent pour pouvoir préparer un show hyper-abouti visuellement, ce sera certainement la prochaine étape du projet.

La musique, ça semble être un besoin vital pour toi ; qu’est-ce qu’elle t’amène, concrètement ?
Depuis l’âge de 16 ans, je compose et j’écris en permanence. Quand j’ai commencé à apprendre à jouer de la guitare, je voulais directement créer. J’aime le fait de concrétiser les choses : j’écris des chansons, je les enregistre et je les joue sur scène. Même si la forme a évolué, sur le fond, ça n’a pas vraiment changé depuis plus de 20 ans. Comme dit plus haut, j’aime le fait de partir d’une idée et construire le tout en quelque chose concret. C’est en effet un besoin vital, je ne vois pas ma vie sans faire de musique, quand je me trouve dans une période creuse, sans concert ou enregistrement de prévu, c’est difficile à gérer, c’est le marasme total, donc j’évite de me retrouver dans cette situation.
Ce qui me plaît aussi, dans le fait de faire de la musique, c’est la découverte : voyager, être confronté à d’autres choses,…

Le mois de février s’annonce déjà chargé, avec une date à Namur et une autre à Trèves ! Sur disque, tu es seul mais sur scène, ça va se passer comment ?
Je serai seul, accompagné de différents instruments et machines. Je vais jongler avec ces différents éléments en fonction des besoins des chansons. C’est un véritable défi pour moi, j’ai toujours joué en groupe et quand tu joues avec d’autres personnes, il y a une alchimie qui se crée et les erreurs des uns sont rattrapées par les autres et se transforment en quelque chose de positif. De plus, on a tendance à s’adapter aux autres musiciens. Cette fois, si je me plante, personne ne sera là pour m’aider. Cela demande une rigueur à laquelle je ne suis pas habitué, mais c’est très stimulant. Je répète d’arrache-pied pour être prêt au moment voulu. La formule évoluera peut-être dans quelques mois, à voir.
C’est aussi une autre manière concevoir ma musique où je dois choisir quels éléments mettre en avant à tel ou tel moment. Je suis incapable de réaliser ce que fait King Automatic sur scène, ça m’impressionne au plus haut point à chaque fois que je le croise. Mais avant Namur et Trèves, il y aura un showcase au Park Music à Arlon, le samedi 9 février pour la sortie de la K7.

La région (et Grande-Région), tu la connais par cœur ; quel est l’endroit où tu préfères jouer ?
L’Exhaus à Trêves. Cet endroit représente tout ce que j’aime dans la culture alternative. Je n’aime pas trop les grandes salles ou certains festivals où tu te trouves coupé du public. Dans mes groupes précédents, il y a parfois eu de « véritables rockstars » qui se terraient dans les backstages et se félicitaient de ne pas être mélangé au commun des mortels… ce n’est vraiment pas mon truc. L’Exhaus est un endroit où vit vraiment la musique alternative et, au-delà de leur activités musicales, ils organisent un tas d’activités à caractère social et culturel. J’ai du jouer 8 ou 9 fois à cet endroit au fil des années et je suis heureux d’y passer de nouveau en février. Récemment, ils ont eu des « soucis de conformité » au niveau du bâtiment et ont du limiter leurs activités. Des aménagements et des investissements sont en cours afin de pérenniser la structure. Comme dans d’autres pays actuellement, la culture doit subir les coupes budgétaires et une réelle chasse aux sorcières venant des différents gouvernements et villes, les endroits “alternatifs” ferment les uns après les autres (récemment la Féline à Paris ou le Mudd club à Strasbourg), sans que cela se renouvelle malheureusement. J’espère de tout cœur qu’ils pourront reprendre l’intégralité de leurs activités au plus vite. Le sud de la province a connu une situation similaire avec la fermeture du Riders park (Messancy) qui a laissé un goût amer à beaucoup de personnes, j’espère que cela ne sera jamais le cas pour l’Exhaus.

Propos recueillis par Romuald Collard/Photo : Thierry Dupiereux

L'agenda de Faust project
09/02 -  Arlon-Park Music -  Faust project - showcase
16/02 - Namur-Belvedere -  Passagers de la Nuit
21/02 - Trier-Exhaus -  Karies • Pigeon • Faust Project • Exhaus Trier
30/30 - Luxembourg-Rocas -  Post-Punk Live Music at Rocas, Luxembourg