An orange car, crashed... : l'interview

Publiée le : 01/09/2020

Parler musique avec Gilles, guitariste du groupe An Orange Car, Crashed... et figure ô combien reconnue et respectée du milieu rock de la Province, est toujours un grand plaisir !  Sincère, vrai et sans langue de bois, le garçon profite de l’état actuel de la situation pour faire le point avec nous sur son groupe et sa carrière. Rencontre…

Durant les derniers mois, on a surtout entendu parler du groupe suite à l’incendie qui a ravagé votre local de répétition.  Aujourd’hui, comment est le moral des troupes ?

Disons que ça a été extrêmement dur pour nous quatre.  Durant un an, nous n'avons eu que des problèmes avec notre nouvel album, ce qui nous a déjà fort affecté. Et puis un matin, vous voyez votre local parti en fumée avec tout votre matériel, votre stock de merchandising et tous vos souvenirs. Ce local, c'était notre refuge. C'est là que nous nous ressourcions tous les vendredis. Si nous n'étions pas aussi unis, je pense que le groupe ne s'en serait pas relevé. Pour l'instant nous répétons un peu ou on veut bien nous accueillir avant que notre local soit rebâtit.  Nous attendons ce moment avec impatience !

On a aussi eu vent d’un prochain album sur lequel vous seriez en train de travailler ; on peut en savoir plus à ce sujet ?

Avec l'album aussi, nous avons été de galère en galère. Ça fait quatre ans que nous travaillons dessus. L'album a été enregistré dans des conditions live pour faire ressortir toute notre énergie, car nous sommes avant tout un groupe de live. Une première mouture de l’enregistrement de l'album ne convenait pas et nous avons dû alors recommencer une grosse partie. Notre ami Mark Burgess, leader du groupe mythique The Chameleons, est venu nous aider pour la production. Nous avons travaillé une semaine avec lui, puis sommes rentrés une nouvelle fois en studio pour recommencer et finir une partie du travail. Le studio qui mixait l'album à décider ensuite d'arrêter de travailler avec nous et nous avons dû trouver un nouveau studio. Nous avons atterri chez Gus, encore un Anglais, à Hotton, au Riverstudios. Le gars a tout de suite compris ce que nous recherchions comme son car il aime exactement la même musique que nous, à savoir le punk et la Cold wave, donc le post-punk. La production suivait parfaitement son cours quand son studio fut ravagé par une inondation… et retour à la case départ pour les AOCC. Il a fallu attendre six mois avant de pouvoir retravailler dessus. Pour l'instant, il est à Manchester pour être masterisé par Paul, encore un Anglais, qui a bossé avec Kaiser Chiefs. S’il n’y a pas d'invasion de Zombie, de cataclysme ou je ne sais quoi d'autre, l'album sortira pour cette fin d'année sur un label Irlandais qui compte dans ses rangs, entre autre, le groupe punk Crass.

AOCC a toujours été un groupe de live ; vous devez avoir hâte que les concerts reprennent…

C'est clair que nous, c'est le live… malgré le fait que nous ne jouons pas beaucoup ; notre style ne rentre pas dans le nouveau visage des festivals. Nous privilégions donc le circuit underground des salles Punk, expérimental ou tout ce qui est obscur. Nous n'accrochons pas à cette nouvelle génération de musique Mc Donald, ou un groupe peut avoir du succès avec un album et disparaître aussitôt après. Si nous devons faire juste une date à 500 bornes et que l'endroit où les organisateurs en valent la peine, nous le faisons. Si c'est pour jouer devant du monde, mais qui n'en n'ont rien à foutre, perdu au milieu d'une affiche, ça ne nous intéresse plus ; on a passé l'âge de ces conneries… Faut pas y voir du snobisme mais plutôt un groupe qui se réfère toujours au côté artistique du projet avant le côté mercantile.

On va aussi profiter du calme apparent pour faire le point sur votre carrière ; quels ont été, pour vous, les hauts et les bas du groupe depuis sa création ?

Quand tu commences un groupe, tu te fais des plans sur la comète ! Et puis, tu te rends compte que le monde de la musique n'est pas cool du tout malgré ce que tu pourrais croire. Moi, je connaissais ce milieu grâce à mon ancien groupe, Nervous Chillin, donc je savais que si tu n'avais pas tous les musicos qui tirent dans le même sens, ton groupe ne pourrait jamais vraiment décoller, surtout dans un business pourri comme la musique.

Nos hauts ont été nos concerts en Angleterre et en Allemagne, notre participation à un tribute à Bauhaus, nos premières parties des Chameleons,… toutes des petites choses qui font que tu es un groupe passionné. Les bas, ce sont plutôt les promesses qui n'ont jamais été réalisées, les baisses de rythme du groupe qui après des années peuvent faire que les choses se détériorent… mais qui, heureusement, chez nous, nous galvanisaient. Et puis cet incendie qui aurait pu nous mettre KO et cette album qui tarde à sortir. Nous sommes optimistes pour l'avenir de AOCC et avançons à notre rythme.  Nous avons encore de belles choses à réaliser. Dans notre mouvement c'est à la quarantaine que tu commences à devenir culte… (rires)

Si tu devais, à titre personnel, retenir 5 albums de l’histoire de la musique ; tu choisis lesquels ?

Question extrêmement difficile pour un mélomane collectionneur de vinyles (rires). Je vais donc faire ça en deux parties : les disques qui ont marqué la musique… et que de tout le monde devrait avoir chez soi… et mes cinq albums à moi… et que les gens vont peut-être découvrir et apprécier.

Elvis Presley : Elvis Presley (1956), The Sonics : Boom (1966), Pixies : Surfer Rosa (1988), The Beatles : White Album (1968) et le Velvet Underground & Nico : Velvet Underground & Nico (1967)

Quant à mes albums : The Chameleons : Strange Times (1986), The Clash : The Clash (1977), The Smiths : Strangeways, Here We Come (1987), Faith No More : Angel Dust (1992) et Rancid : Life Won't Wait (1998).

Propos recueillis par Romuald Collard.